Oligui Nguema : 7 putschs en 2 ans !

Oligui Nguema : 7 putschs  en 2 ans !
Le général putschiste Brice Clotaire Oligui Nguema.

Si, officiellement, un seul putsch a été recensé, les actions successives d'Oligui s'apparentent à une série de mini coups d’État entre 2003 et 2025.

MOABI—Depuis son accession au pouvoir par un coup d'État en août 2023, le chef de la junte du CTRI, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema n’a cessé de renforcer son emprise sur le Gabon, multipliant les manœuvres politiques pour consolider son autocratie.

Premier putsch: contre Ondo Ossa

Le 30 août 2023, suite à l’annonce des résultats contestés de l’élection présidentielle, un groupe de militaires dirigé par Oligui Nguema a renversé le président Ali Bongo Ondimba. Ce dernier venait de se proclamer président alors qu'il avait perdu l'élection. Oligui, au lieu de remettre le pouvoir au vainqueur du scrutin Albert Ondo Ossa, décide plutôt de s'emparer de la présidence. C'est le premier putsch.

Deuxième putsch: de “président de la transition” à “président de la République”

Dès sa prise de pouvoir, Oligui Nguema s’était engagé à diriger le pays en tant que président de transition jusqu'à l'organisation d'élections libres et transparentes. Pourtant, en une nuit, sans référendum ni validation populaire, son titre est passé de "Président de la Transition" à "Président de la République", un glissement sémantique lourd de conséquences.

Ce changement, décidé unilatéralement et dans la nuit, visait à donner une apparence de légitimité à son règne et à lui octroyer une autorité présidentielle pleine et entière, alors qu’il n’a jamais été élu par le peuple gabonais. C'est le deuxième putsch.

Troisième putsch: contre l'église catholique

Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, pour qui rien n'est sacré, décide alors d'élargir son champ de manœuvres à la religion. Son tout premier geste en tant que putschiste en chef fut de modifier la loi pour lever l’interdiction de la polygamie imposée aux hauts gradés de l’armée. Pourquoi une telle urgence ?

Tout simplement pour épouser officiellement sa maîtresse Anouchka Avomo, qui devient ainsi sa seconde femme. Un bel exemple de gouvernance par opportunisme personnel. Pendant ce temps, il continue d’assister pieusement aux messes catholiques, dans un grand écart idéologique qui frôle le ridicule. Après son coup d’État contre l’ordre constitutionnel, voici donc un coup d’État contre le catholicisme, mené avec le même cynisme. C'est le troisième putsch.

Quatrième putsch: contre la société civile

En 2024, Oligui Nguema convoque un "Dialogue national inclusif", prétendument destiné à rassembler toutes les forces vives du pays pour décider de l’avenir politique du Gabon. Cependant, il a lui-même sélectionné tous les participants, ne laissant place qu’à des figures complaisantes et à des soutiens de son régime. Les vrais ténors de la société civile sont écartés. Ce simulacre de dialogue n’a servi qu’à légitimer des décisions déjà prises en amont, notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution taillée sur mesure pour lui permettre de rester au pouvoir. C'est le quatrième putsch.

Cinquième putsch: contre la diaspora

En novembre 2024, un référendum est organisé pour entériner une nouvelle Constitution. Parmi les principales modifications: l'exclusion des candidats issus de la diaspora. Comment? Oligui fait exiger de tout candidat d'avoir résidé pendant au moins trois ans en territoire gabonais pour pouvoir être éligible. Il exclut aussi toute personne mariée à un étranger. Un verrouillage institutionnel pour favoriser son maintien au pouvoir. C'est le cinquième putsch.

Sixième putsch: contre l'Islam

Mais le général ne s’arrête pas là. Dans une mise en scène pitoyable, il est récemment apparu en habit musulman, tentant maladroitement de se faire passer pour un fidèle dévoué. Son objectif ? Séduire les pétromonarchies du Golfe afin de grappiller quelques financements. En réalité, ce n’est rien de plus qu’un énième coup d’État, cette fois contre les véritables musulmans du Gabon, qui voient leur foi instrumentalisée par un arriviste prêt à tout pour remplir ses caisses. C'est le sixième putsch.

Oligui Nguema à la recherche de pétro dollars.

Septième putsch: le paradoxe du militaire-civil

Dans la foulée du coup d’État, Oligui Nguema a dissous les principales institutions démocratiques du pays, notamment l’Assemblée nationale et le Sénat issus des urnes. Il a mis en place le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), composé de militaires fidèles, censé superviser la transition. Dans la foulée, il promet de "remettre le pouvoir aux civils" à l'issue d'une élection libre et démocratique.

Mais au final, le "Josué de Ngouoni" annonce sa candidature au scrutin présidentiel d'avril 2025 sans quitter ses treillis. Septième putsch.

"Je suis candidat !"

Cette longue liste de méfaits montre que son objectif, dès le début, n’était pas de rétablir la démocratie, mais bien plutôt de se maintenir au pouvoir sous un vernis de légitimité électorale.

Le Gabon est ainsi passé d’une dictature héréditaire à une dictature militaire en costume civil, avec une transition qui a été marquée par une consolidation du pouvoir par mini putschs successifs.

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