Gabon : Oligui se fait élire à la baïonnette

Gabon : Oligui se fait élire à la baïonnette
Le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, chef du groupe putschiste dénommé CTRI.

L'élection présidentielle du 12 avril au Gabon est déjà verrouillée au profit du putschiste Oligui Nguema. Les dés sont pipés d’avance.

MALIBÉ II — Le Gabon se prépare à une élection présidentielle sous haute tension, prévue pour le 12 avril 2025. Une échéance qui aurait pu marquer un tournant démocratique pour le pays après le coup d’État du 30 août 2023, orchestré par le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, chef du groupe putschiste dénommé CTRI. Mais à mesure que l’échéance approche, il devient évident que cette élection est tout sauf ouverte et équitable.

Un scrutin sous contrôle

Oligui Nguema, qui a pris le pouvoir en renversant Ali Bongo, se présente comme le candidat de la transition. Face à lui, trois adversaires ont été autorisés à concourir, mais aucun d’eux ne représente une menace sérieuse. Pendant ce temps, plusieurs figures majeures de la scène politique gabonaise, dont des opposants historiques et des membres influents de la société civile comme Jean Remi Yama, ont été écartées sous divers prétextes administratifs ou judiciaires.

Le processus de sélection des candidats a été marqué par une opacité totale, renforçant l’impression que cette élection est taillée sur mesure pour le chef de la junte. En verrouillant l’accès à la compétition, Oligui s’assure que la présidentielle ne soit qu’une formalité, une étape nécessaire pour légitimer son pouvoir devant la communauté internationale.

Une opposition neutralisée

Parmi les grandes figures exclues figurent des leaders ayant un véritable poids électoral et une base populaire solide. Au sein de la diaspora, on pense à Daniel Mengara qui vit aux États-Unis. Sur le terrain au Gabon, on pense à Raymond Ndong Sima. L’appareil d’État a visiblement travaillé à affaiblir toute contestation sérieuse, usant de stratagèmes bien connus en Afrique centrale : inéligibilité pour des motifs discutables, retards administratifs dans le dépôt des dossiers, ou encore pression judiciaire.

Les trois candidats retenus peinent à incarner une alternative crédible. Certains sont considérés comme des "opposants de façade", dont la présence sert uniquement à donner l’illusion d’un choix démocratique. L'un d'eux, à savoir Alain Claude Bily bi Nze, n'est qu'un ancien collaborateur du régime déchu, dont la posture critique ne convainc personne.

Vers une continuité déguisée ?

Si les discours officiels prônent une "transition démocratique", les actes montrent plutôt une tentative de légitimation d’un pouvoir militaire sous couvert d’un processus électoral. La question se pose : le Gabon est-il en train d’assister à un retour à un régime civil ou simplement à un habillage démocratique d’une dictature militaire ?

Pour la population, la désillusion est grande. Après des décennies sous le régime Bongo, l’espoir d’un vrai changement semble s’éloigner. Les Gabonais se retrouvent face à une élection où le résultat est quasi certain avant même le premier vote.

Quelle légitimité pour Oligui Nguema ?

Même en cas de victoire écrasante, Oligui Nguema devra faire face à une crise de légitimité. En excluant de nombreux opposants et en organisant un scrutin sans véritable compétition, il risque de ne convaincre ni les Gabonais, ni la communauté internationale.

Le défi sera de taille : un pouvoir obtenu par la force peut-il réellement se stabiliser par une élection biaisée ? Une chose est sûre : la présidentielle d’avril 2025 ne sera pas l’aboutissement d’une transition réussie, mais plutôt un nouvel épisode d’un feuilleton politique où les dés sont pipés d’avance.

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