Incompétence pro max : la justice gabonaise paralysée

Le mouvement des greffiers devrait servir d’électrochoc pour les dirigeants du CTRI.
MOUNANA — Le 9 janvier 2025, les greffiers du Gabon, réunis sous la bannière du Syndicat national des greffiers du Gabon (SYNAMAGREF), ont déclenché une grève générale illimitée. Cette mobilisation, qui fait suite à un préavis déposé dès le 2 décembre 2024, dénonce l'inaction persistante des autorités, notamment le ministre de tutelle Paul-Marie Gondjout, face à leurs revendications.
Cette grève illustre une fois de plus les limites de la gouvernance du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), dirigé par le général Brice Clotaire Oligui Nguema.
Des revendications ignorées
Les greffiers, piliers essentiels du système judiciaire gabonais, réclament l’adoption d’un statut spécial actualisé, adapté aux réalités législatives d’aujourd’hui. Il s’agit d’une réforme administrative sans impact budgétaire majeur, mais qui reste lettre morte depuis 31 ans.
Confronté à l’ampleur de la crise, le ministre de la Justice, Paul-Marie Gondjout, véritable mollusque administratif, a choisi une stratégie peu glorieuse : proférer des menaces au lieu de répondre concrètement aux doléances des grévistes. Cette posture, loin d’apaiser les tensions, met en lumière l’incapacité du gouvernement du CTRI à gérer les crises sociales.
L’impact d’une grève paralysante
La paralysie des greffiers a des conséquences immédiates et graves. Ces professionnels jouent un rôle clé dans le fonctionnement de la justice :
- Enregistrement des procédures : Sans eux, les affaires ne peuvent être officiellement initiées.
- Conservation des documents officiels : La gestion des archives juridiques est suspendue.
- Suivi administratif des dossiers : Les affaires en cours sont bloquées, entraînant des retards massifs dans le traitement des litiges.
Dès les premiers jours, des centaines d’audiences ont été reportées, et le fonctionnement global des tribunaux se retrouve paralysé. Cette situation risque d’alimenter un sentiment d’injustice parmi les citoyens, déjà éreintés par des institutions dysfonctionnelles.
L’incompétence de Gondjout et d'Oligui Nguema
Sous la loi gabonaise, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, en tant que président du Conseil supérieur de la magistrature, porte une responsabilité directe dans la gestion de la justice nationale.
Son incapacité à résoudre une crise aussi cruciale que celle des greffiers reflète l’ampleur de son incompétence. Et aussi celle du ministre de tutelle, Gondjout, cet invertébré administratif.
Promettant des réformes à leur arrivée au pouvoir, ils se sont montrés incapables d’initier des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail des acteurs-clés du système judiciaire. Ce désintérêt manifeste pour une institution vitale renforce l’image d’un chef de junte inefficace et d'un ministre déconnecté des réalités du pays.
Le CTRI : une transition au point mort
Depuis son accession au pouvoir, le général Oligui Nguema avait promis de restaurer les institutions et de répondre aux aspirations du peuple. Il avait même nommé une ministre chargée de la réforme des institutions, Murielle Minkoue Mezui épouse Minsta Mi-Owono. Plutôt que de réformer le système corrompu hérité du système Bongo-PDG, elle n'a fait que renforcer le malaise qui habite le cadre institutionnel du Gabon. Et ce n'est pas surprenant.
La ministre Murielle Minkoue Mezui est un produit pur du régime Bongo-PDG, où elle faisait partie de la Cour des Comptes. Cette cour qui, dans toute l'histoire du Gabon, n'a jamais fait le constat d'un seul cas de détournement de fonds.
C'est cette même ministre qui avait été accusée de falsifier les rapports publiés lors du soi-disant dialogue national inclusif. Elle est aussi responsable d’avoir unilatéralement modifié la constitution en catimini. Un véritable acte de haute trahison.
Il n'est donc pas surprenant qu'aucune réforme institutionnelle n'a eu lieu. Contrairement au ministre de la Justice Gondjout, qui est un invertébré inactif, elle, en revanche, est une fraudeuse zélée.
Quoi qu'il en soit, la grève des greffiers, comme d’autres mouvements sociaux récents, met en évidence l’échec du CTRI. Incapable de résoudre des problèmes structurels vieux de plusieurs décennies, la junte montre ses limites en matière de gouvernance et de réforme.
Appel à une véritable refondation
Le mouvement des greffiers devrait servir d’électrochoc pour les dirigeants du CTRI. La justice, en tant que garante des droits et des libertés, ne peut fonctionner sans ses greffiers. Ignorer leurs revendications revient à fragiliser davantage un système déjà vacillant.
Pour le peuple gabonais, cette grève est une preuve supplémentaire que le changement promis par le CTRI n’est qu’un mirage. La transition ne pourra réussir que si elle s’accompagne d’actions concrètes et d’un dialogue réel avec toutes les composantes de la société.
En attendant, la paralysie des tribunaux symbolise l’impasse dans laquelle le Gabon semble s’enliser, sous la gouvernance d’un régime de transition de plus en plus contesté.