Motos zémidjan : Oligui béninoise les transports au Gabon

Motos zémidjan : Oligui béninoise les transports au Gabon
Le général-président Brice Clotaire Oligui Nguema, unique catholique polygame au monde.

Appelés zémidjan ou djakarta, ces engins ne sont qu'un bricolage mal pensé déguisé en opportunité économique

MITZIC — Alors que les Gabonais pensaient avoir atteint le fond et qu'on ne pouvait pas s'enfoncer davantage, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, chef de la junte du CTRI, vient de consacrer le retour en arrière dans les modes de transport au Gabon. Sa dernière trouvaille ? Les moto-taxis !

Appelées djakarta au Congo-Brazzaville voisin ou zémidjan au Bénin, ces tricycles sont un aveu de l'augmentation de la pauvreté. Et un danger.

Une solution de fortune déguisée en politique sociale
Le général-président Oligui Nguema vient d'annoncer la mise à disposition de 400 tricycles pour les jeunes des quartiers sous-intégrés de Libreville. Si ce projet semble, en surface, répondre aux besoins de mobilité et de lutte contre la précarité, il cache en réalité une dégradation flagrante du système de transport public et un mépris inquiétant pour la sécurité des citoyens.

Présentés comme une opportunité pour ces jeunes, ces tricycles – électriques, bâchés ou de type « bennés » – sont en réalité une solution improvisée pour pallier l’absence de politiques publiques sérieuses en matière de transport.

Depuis des années, le Gabon connaît un recul des infrastructures routières, une réduction des flottes de transport collectif, et une incapacité chronique des dirigeants à mettre en place des systèmes de transport dignes de ce nom.

Offrir des tricycles à des jeunes, c’est admettre que l’État renonce à assurer un transport public efficace et sûr. Ces engins, souvent inadaptés pour le transport de passagers ou de marchandises sur de longues distances, sont symptomatiques d’une vision à court terme où les solutions structurelles sont remplacées par des gadgets populistes.

Un danger public sur trois roues
Les tricycles ne sont pas seulement une régression, mais également un danger. Ces véhicules légers, mal adaptés aux routes dégradées du pays, présentent des risques importants pour la sécurité des conducteurs, des passagers, et des usagers de la route.

Dans un contexte où les accidents de la circulation sont déjà une préoccupation majeure au Gabon, ajouter des tricycles mal encadrés et peu robustes à la circulation est une bombe à retardement.

De plus, l’absence d’un véritable encadrement en matière de formation, d’entretien des véhicules et de respect des normes de sécurité transforme ce projet en une initiative à haut risque.

Une charge financière déguisée en opportunité économique
Le modèle économique présenté est tout aussi préoccupant. En demandant aux bénéficiaires de verser un dépôt initial et de rembourser ces tricycles via un mécanisme bancaire, le gouvernement transfère une fois de plus sa responsabilité aux citoyens les plus vulnérables.

Ces jeunes, déjà confrontés à des conditions économiques précaires, seront livrés à eux-mêmes pour rembourser ces véhicules tout en assumant les coûts d’entretien et d’exploitation.

On est loin de l’opération « 1 jeune 1 taxi », qui était elle-même critiquable, mais qui semblait au moins promettre un impact plus significatif sur la mobilité urbaine. Ici, il s’agit d’un bricolage mal pensé qui alourdira encore le fardeau financier des familles gabonaises.

Écran de fumée
Ce projet illustre une stratégie bien connue des régimes en manque de légitimité : offrir des solutions tape-à-l’œil qui donnent une illusion d’action tout en détournant l’attention des vrais problèmes.

Le véritable enjeu au Gabon est la création d’un système de transport public moderne, sûr et accessible à tous. Ce n’est pas en distribuant des tricycles que le pays atteindra cet objectif.

Le général Oligui Nguema et son gouvernement doivent comprendre que le développement d’un pays ne peut reposer sur des mesures cosmétiques. Au lieu de distribuer des gadgets électoralistes, il est temps d’investir dans des projets d’envergure qui renforceront les infrastructures et offriront de véritables opportunités économiques.

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