Oligui le putschiste assiste à l'investiture du démocrate Mahama

Oligui le putschiste assiste à l'investiture du démocrate Mahama
Le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema à Accra, au Ghana.

La leçon que John Dramani Mahama et Jimmy Carter nous donnent est claire : la vraie force d'un leader réside dans la droiture, et non dans la coercition.

MOUNANA — Le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, leader de la junte du CTRI qui dirige le Gabon, a suscité l’étonnement en volant jusqu’au Ghana pour assister à l'investiture du président John Dramani Mahama. Ironique, n’est-ce pas ? Lui qui a pris le pouvoir par la force — un coup d’État éhonté contre le professeur Albert Ondo Ossa — se présente maintenant comme un partisan de la démocratie, alors même qu’il s’emploie à manipuler les institutions de son propre pays pour consolider son autorité.

Tout au contraire, John Mahama incarne une autre forme de leadership, fondée sur l’humilité et le respect des processus démocratiques. Élu président en 2012, il n’a exercé qu’un seul mandat avant de perdre les élections de 2016. Plutôt que de contester les résultats, il a reconnu sa défaite avec dignité et a félicité son adversaire, Nana Akufo-Addo.

Une telle attitude est un acte de grandeur rare, surtout dans une région souvent marquée par des contentieux post-électoraux. Patient et déterminé, Mahama a attendu son heure et s’est présenté à nouveau en 2020, affirmant sa foi dans les institutions démocratiques de son pays. Son parcours illustre une vision noble de la politique, où l’intérêt national prime sur les ambitions personnelles.

Mais l’hypocrisie d'Oligui Nguema ne s’arrête pas là.

Lors de cette visite, Oligui Nguema a exprimé son respect pour le président américain Jimmy Carter, décédé le 29 décembre à l’âge de 100 ans. Une telle déclaration semble presqu'absurde à la lumière des valeurs et des actions de Carter.

Homme de paix, Jimmy Carter a préféré perdre son réélection à la Maison Blanche plutôt que de compromettre ses principes en initiant une guerre contre l’Iran. « Je préfère perdre un poste que de causer l’effusion de sang d’innocents », disait-il. Cette posture morale exemplaire a fait de Carter une figure respectée, bien au-delà de ses années à la présidence.

Loup en peau d'agneau

Brice Clotaire Oligui Nguema, lui, représente tout le contraire. Ce général, non élu, s’est emparé du pouvoir par la force et a déjà pris des mesures pour modifier la constitution gabonaise, ouvrant la voie à une éventuelle transition en président civil. Une stratégie souvent vue en Afrique, où les leaders militaires se déguisent en prétendus champions de la démocratie, tout en restant fondamentalement des prédateurs politiques.

Prétendant se réinventer, Oligui Nguema reste un loup déguisé en agneau. Sa volonté de « réformer » et de « servir le peuple » est une farce pour l’opinion publique, tant nationale qu’internationale. Alors que Jimmy Carter a consacré sa vie à construire la paix et à servir l’humanité, Oligui Nguema, par ses actes, ne cherche qu’à servir ses propres intérêts.

En rendant hommage à Jimmy Carter, Oligui Nguema nous rappelle cruellement à quel point il s’éloigne des principes incarnés par le président américain. La véritable grandeur ne s’obtient pas par la force ou la tromperie, mais par un engagement inébranlable envers la justice, la paix et le respect des institutions. Et c’est justement là que réside l’ironie la plus amère : un homme qui personnifie tout ce que Carter dénonçait prétend aujourd’hui l’honorer.

Le Gabon, comme tant d’autres nations, aspire à un leadership authentique, pas à des promesses vides ou des mascarades diplomatiques. La leçon que Jimmy Carter nous laisse est claire : la vraie force réside dans la droiture, et non dans la coercition.

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